CFP: Utopia Today?

From Andri Gerber to H-ArtHist:

CFP: Utopie aujourd’hui ?
22/23/24 Octobre 2010, Saline Royale, Arc-et-Senans

[for English version please scroll down]

Depuis les grands courants d’utopies architecturales et urbaines
des années 1960-70 – Archigram, Architecture Principe, Utopie,
Superstudio, Archizoom, le Mouvement métaboliste, Yona Friedman,
Paolo Soleri, Buckminster Fuller, Haus Rucker Co. où Coop
Himmelb(l)au – l’utopie comme discours et comme projet a
disparu de l’architecture et de l’urbanisme. L’utopie ne paraît
plus un instrument valable pour une pratique et un discours dont
l’architecture et l’urbanisme sont les porteurs.

Si on considère “notre” condition actuelle, déterminée d’un côté
par une condition d’atopie (Gregotti, 1991) – c’est à dire de
non-lieux dans les sites pavillonnaires ou les grands ensembles
(“Le non-lieu est le contraire de l’utopie: il existe et il
n’abrite aucune société organique.” Marc Augé 1992) – de l’autre
par des vision dystopiques d’imminentes catastrophes écologiques,
il est surprenant qu’il n’y ait pas un ressort à l’utopie pour
imaginer des lieux meilleurs, des conditions autres, des
changements. Il y a certes des utopies, mais d’un genre régressif
– pour citer Manfredo Tafuri – qui essayent d’arrêter le temps
plutôt que le faire avancer, qui donc fuient la réalité comme
c’est le cas des innombrables gated communities dont les systèmes
de surveillance sanctionnent les faibles bords de leurs utopies.
Mais il y a absence d’utopie progressive.

Mais qu’est-ce que c’est une utopie? Le terme, comme beaucoup
d’autres, a été étendu pour incorporer de nombreuses significations,
au point qu’il paraît être tout et rien, à la fois quelque chose de
positif comme négatif. Certainement, l’utopie est une miroir, par
le quel on regarde et on juge la réalité (“L’Utopie en effet n’est
pas pure illusion mais mise à jour d’un système positif de normes
qui, indépendamment de toute référence à leur possibles réalisation,
donne seul la mesure de ce qui se passe.” Lucien Sebag 1964), mais
il est aussi un autre endroit meilleur qu’on souhaiterait et/ou on
pense pouvoir réaliser.

Cela amène à l’hypothèse selon laquelle sous le poids de la
logique capitaliste et néo-liberaliste – l’Empire dont parlent Hardt
et Negri (2000) – des atopies (non-lieux) et de la condition de
Heimatlosigkeit, d’absence de lieux qu’elle provoque, tout
changement de la condition, et donc tout ressort à l’Utopie paraît
impossible. En fait, la seule pratique d’urbanisme qui semble
échapper à cette logique, se résolut aujourd’hui soit dans une
cartographie sociale qui ne veut que décrire, soit dans des
interventions à une micro-échelle, sans influence globale. En même
temps, les visions dystopiques d’une future catastrophe écologiques
récentes n’ont pas produit des utopies comme celles des années 1970,
mais au contraire, un assujettissement de l’architecture et de
l’urbanisme à cette logique – Zizek parle de l’écologie comme nouvel
opium des masses (2007) – tout comme des écoles, dont le seul souci
paraît de produire des “eco-designers” ou des “bio-architects”.

Karl Mannheim, dans son ouvrage sur l’utopie (1929), la considère
en relation à l’idéologie et définit les deux comme symptômes du
malaise envers la condition humaine, mais donne seule l’utopie
comme capable de changer cette condition. Même si cette définition
est restreinte, il paraît utile de discuter de l’utopie en
relation à l’idéologie. On pourrait formuler d’une façon pointue,
que les soucis sociaux et écologiques ont produit des idéologies
auxquelles l’architecture et l’urbanisme se sont soumis,
mais aucune utopie ou “écotopie”.

Au-delà de la difficulté de cerner l’utopie, se poser la question
de son absence aujourd’hui appelle à des approches, des définitions.
Ces approches pourraient tourner autour de la question de l’échelle
– est-ce que l’utopie aujourd’hui ne peut plus se penser à une
échelle globale ? – de la différence entre l’utopie comme forme et
l’utopie comme procès (David Harvey, 1996) – est-ce que l’utopie
aujourd’hui ne peut plus prendre forme, mais seulement se manifester
dans un procès? – de la différence entre Utopie et Utopiste (Henri
Lefebvre, 1974) et de la relation entre l’aspect spatial et l’aspect
temporel de l’utopie. Mais elle pose aussi la question de la
relation entre architecture/urbanisme et l’énergie, sa forme, son
influence et sa disponibilité future. Et finalement, quel est le
rôle des nouvelles technologies des simulations numériques?

Telle est une première réflexion, qu’une analyse de la condition
contemporaine à travers le miroir de l’utopie et de son absence
semble suggérer. Ce colloque veut utiliser le concept d’utopie
comme indicateur de la condition de l’architecture et de
l’urbanisme, de son assujettissement à la logique néo-libérale,
de la question de l’éthique et de l’esthétique, de l’énergie ou
de ses possibilités d’évader ces logiques et ses rhétoriques,
si possible, par l’utopie.

Le colloque se tiendra à la Saline Royale de Ledoux, incarnation
“partielle” d’une Utopie du 18ème siècle, référence et site
“idéal” pour ce sujet, aussi en raison de l’ambiguïté des
motivations de Ledoux. Et déjà lieu d’une exposition
d’architecture “utopique” en 1965 avec des projets/propositions
d’Architecture principe, Archigram, Metabolistes et Paolo Soleri.

Le colloque approche une question contemporaine, mais cela n’exclue
pas des investigations historiques qui ouvrent le questionnement
sur aujourd’hui, tout comme des intervention non strictement liées
à l’architecture ou à l’urbanisme. Le colloque veut aussi
questionner la pratique, le rôle de l’utopie dans le travail
d’architectes et urbanistes aujourd’hui. Il donnera lieux à une
plateforme pour un discours interdisciplinaire : chercheurs de
toutes disciplines, tout comme des praticiens sont donc invités a
soumettre des propositions de max. 2000 mots avec un CV à l’adresse
mail utopie@esa-paris.fr, jusqu’au 16.07.2010. Les présentations
pourront se faire en français ou en anglais. Infos sur le logement
à venir.

Le colloque est organisé par l’Ecole Spéciale d’Architecture avec
la Saline Royale et la Hochschule Luzern, Technik und Architektur

Keynote speakers seront David Harvey (New York), Christian Hönger
(Hochschule Luzern), d’autres intervenants sont invités.

Comité scientifique: Johannes Binotto (Universität Zürich) Andri
Gerber (Ecole Spéciale d’Architecture), Johannes Käferstein
(Hochschule Luzern), Brent Patterson (Ecole Spéciale d’Architecture),
Michel Pierre (Saline Royale)

Organisation et conception:

Andri Gerber, Brent Patterson (Ecole Spéciale d’Architecture)

 Utopia today?

22/23/24 October 2010, Saline Royale (Royal Salt Works),
Arc-et-Senans

After the utopian movements of the 1960s and 70s – Archigram,
Architecture Principe, Utopie, Superstudio, Archizoom, the
Metabolists, Yona Friedman, Paolo Soleri, Buckminster Fuller, Haus
Rucker Co. or Coop Himmelb(l)au – utopian discourse and projects
have disappeared from architecture and urban design. Utopia no
longer appears to be a useful tool for architectural discourse or
practice.

If we consider our current condition, in part determined by a
condition of atopia (Gregotti, 1991) – the non-places in large urban
developments and individual housing (“The non-place is the contrary
of utopia: it exists and doesn’t allow a single organic society”
Marc Augé, 1992) – and on the other hand by a dystopian vision of
imminent ecological disasters, it is surprising that there hasn’t
been a reemergence of utopia as a means of imagining better places,
other conditions, changes. Certainly there have been some utopias,
but of a regressive nature – to quote Manfredo Tafuri – they attempt
to stop time instead of advancing, they hide from reality as is the
case with numerous gated communities where surveillance systems
monitor the fragile borders of their utopias. But there is an
absence of progressive utopias.

What is a utopia? The term has many significations, to the point
that it appears to mean anything and nothing, both positive and
negative. Certainly utopia is a mirror by which we see and judge
reality (“Utopia isn’t pure illusion but an updating of a positive
system of norms that, independently of any reference to their
possible realization, gives the sole/true measure of what is
happening” Lucien Sebag, 1964), but it is also a place that
remains better than we wish to create and/or think capable of
creating.

That brings us to the hypothesis that under the weight of
capitalist and neo-liberalist logic – the Empire referred to by
Hardt and Negri (2000) – and the absence of place that it provokes
(atopia), that any changing of the current condition and therefore
any revival of utopias, appears impossible. In fact the only urban
practices that seem to escape this logic today result in social
mapping that is purely descriptive or else in interventions at the
micro-level without global impact. At the same time, the dystopic
visions of a future full of ecological disasters has not produced
utopias like those of the 70s, on the contrary architecture and
urban planning have become subjected to this logic, so too have
the schools which are now focusing on producing “eco-designers”
or “bio-architects”. Zizek refers to ecology as a new opium for
the masses (2007).

Karl Mannheim (1929), considers utopia in relation to ideology
and defines the two as symptoms of malaise in relation to the human
condition, but only utopia is capable of changing this condition.
Even if this definition is somewhat limited, it appears useful to
discuss utopia in relation to ideology. We could argue that the
social and ecological concerns produced ideologies to which
architecture and urban planning have been subjected, without
creating a utopia or an “ecotopia”. If all utopias come from an
ideal, it is the opposite of ideal – ideology – that seems to
haunt current discourse and practice in its submission to
capitalist logic.

In addition to the difficulty of explaining utopia, the question of
its absence today raises the need for new approaches and definitions.
These approaches could look at scale – does utopia present itself
more locally today? It could also consider the difference between
utopia as form or process (David Harvey, 1996) or the difference
between utopian and utopist (Henri Lefebvre, 1974) and the
difference between a spatial and temporal utopia. It calls also
for the question of the relationship between architecture/urbanism
and actual or future forms of energy and their influence on the
former. And what is the role of new technologies? Is the virtual
creating a new outlet for utopias?

These are some initial thoughts resulting from an analysis of the
contemporary condition as seen through the lens of utopias and their
absence. This conference proposes the use of the concept of utopia
as an indicator of the current condition of architecture and
urbanism and these disciplines subjection to a neo-liberal logic,
but also as a means of escaping this logic. It will raise ethical
and aesthetic questions. It will furthermore investigate the role
of energy and thus of sustainability not only as ideology.

The conference will take place at the Saline Royale by Ledoux,
as a “partial” incarnation of an 18th century utopia it provides
an “ideal” reference and site for this subject, not least of all
for Ledoux’s ambiguous motives. The site hosted an exhibition of
“utopian” architecture in 1965 including projects/propositions
by Architecture principe, Archigram, the Metabolists, and Paolo
Soleri.

The conference  will have a contemporary focus, but that does
not exclude historical investigations that address the current
context, nor does it exclude interventions that do not focus
exclusively on architecture or urbanism. The conference intends
to question current practice, the role of utopia in the work of
architects and urban planners today. It will provide a platform
for interdisciplinary discourse: researchers and practitioners
from all disciplines are invited to submit propositions of a
maximum of 2000 words with a CV to the e-mail address
utopie@esa-paris.fr before July 16, 2010. Presentations can be
made in English or French. Information on accommodation will be
communicated.

There is no conference registration fee, but participants must
cover their accommodation and meals at the Saline. Information
on the options available will be communicated to the participants
after confirmation.

The conference is organized by the Ecole Spéciale d’architecture
together with the Saline Royale and the Hochschule Luzern, Technik
und Architektur

Keynote speakers will include David Harvey (New York) and Christian
Hönger (Hochschule Luzern), others will be announced.

Scientific Committee: Johannes Binotto (Universität Zürich) Andri
Gerber (Ecole Spéciale d’Architecture), Johannes Käferstein
(Hochschule Luzern), Brent Patterson (Ecole Spéciale d’Architecture),
Michel Pierre (Saline Royale)

Organization and conception:

Andri Gerber, Brent Patterson (Ecole Spéciale)