Vanessa Théodoropoulou et Tristan Trémeau

From John Tain to CAH-Clients:

ARTS & SOCIÉTÉS
 
Laurence Bertrand Dorléac

Prochaine Séance
Avec le concours de la Fondation de France

10 décembre
18h30-20h30
 
IDENTITÉS ARTISTIQUES

Exceptionnellement
13 rue de l’Université
5è étage
salle du Conseil
75006 Paris

Vanessa Théodoropoulou et Tristan Trémeau
 
“Contre le Nom-du-Père: une étude des identités artistiques comme intersections de l’esthétique et du politique”

Depuis la déclaration post-moderniste de la «mort» de l’avant-garde — historique ou «néo» —, de son héroïsme utopique et son attitude belliqueuse, le monde de l’art reste le théâtre des opérations de toute sorte d’ «acteurs» agissant sous des identités conceptuelles. Ces nouvelles « subjectivités », «communautés», «groupes», « coopératives » ou «entreprises», restent peu étudiées sous le prisme de leur identité inventée, de leur nom générique. L’acte fondateur et performatif de nommer une présence publique et une activité artistique « collective » est pourtant significatif en soi. C’est une prise de position esthétique et politique et une importante clef de lecture des intersections possibles de ces deux domaines. Un nom peut fonctionner comme une boite de résonance d’idéologies existantes, la mise en forme d’une théorie ou d’un concept philosophique inédit, ou bien être un vocable délibérément privé de sens. Dans cette intervention, il sera question de quelques cas emblématiques de l’art « collectif » des cinq dernières décennies, allant de l’Internationale situationniste (1957-1972), emblématique du passage de l’époque des avant-gardes historiques au conceptualisme de l’art contemporain, à Présence Panchounette (1969-1990), General Idea (1967-1994), Group Material (1979), Guerilla Girls (1985), Temporary Services (1998), E-Toy Corporation (1994), IBK (2001), Torolab (1995), Société Réaliste ou Claire Fontaine (2004). Comment ces identités conceptuelles adressent et défient l’ordre symbolique ou le système économique dominant, et quel type de relations (sociales) ou d’ordres alternatifs défendent-elles, quand c’est le cas ? Quelle est leur position vis-à-vis du marché de l’art ou des institutions culturelles, qu’est-ce qu’elles « produisent », et enfin, comment est-ce qu’elles redéfinissent la fonction politique (voire métapolitique) de l’art ?

Vanessa Théodoropoulou
 
Je me concentrerai sur l’étude d’enjeux esthétiques, idéologiques et économiques problématisés par une coopérative artistique créée à Paris en 2004, Société Réaliste.
Société Réaliste développe ses projets sous la forme d’institutions et d’agences fictives qui fonctionnent comme des départements d’investigation, de production et de communication dont les problématiques de base sont l’économie des formes politiques (et l’économie politique des formes), ainsi que l’économie matérielle et symbolique de l’art. Parmi ces fictions, le Ministère de l’Architecture (MA) conduit des enquêtes sur les politiques de l’espace, Transitioners se présente comme une agence de design politique, EU Green Card Lottery propose une politique d’immigration pour l’Europe, PONZI’s propose des modèles de marketing adaptés au champ de l’art. Après avoir analysé les méthodologies et formes critiques des oeuvres-dispositifs créés par ces agences et institutions fictives, à travers le prisme des notions de réalisme et de satire, je me concentrerai sur la question de leur rôle et de leur efficacité critique. Ou comment la fiction critique peut nourrir, informer la critique d’art, voire étendre son champ d’analyse, notamment à l’économie. Peut-être est-ce là une des fonctions possibles et nécessaires de l’art actuel, d’être un art critique d’art, dans la continuité des déplacements des lignes de partage entre les fonctions du monde de l’art (artiste, critique d’art, commissaire d’exposition…) opérés et annoncés il y a quarante ans par l’art conceptuel et la critique institutionnelle ? Du moins est-ce l’hypothèse que j’aimerais soumettre à discussion, en évoquant les résonances et déplacements que le travail de Société Réaliste a suscités dans ma pratique de critique d’art.
Pour préparer la discussion, conseil de site : http://www.societerealiste.net/
 
Tristan Trémeau
 
Vanessa Théodoropoulou est historienne et critique d’art. En 2008 elle a soutenu sa thèse de doctorat à l’Université de Paris 1 sur l’Internationale situationniste (L’« Internationale situationniste » : un projet d’art total) et depuis, poursuit ses recherches sur les avant-gardes et les néo-avant-gardes, les rapports entre l’esthétique et le politique. Elle travaille actuellement avec Guitemie Maldonado dans le cadre du projet de recherche L’Europe après la guerre (1945-1960) : retours et perspectives sur les avant-gardes artistiques. Elle collabore régulièrement avec le quotidien grec Kathimerini ainsi qu’avec des revues d’art grecques et françaises (www.kaput.gr, MI© made in china, artpress).
 
Tristan Trémeau est professeur d’histoire et théories des arts à l’Ecole supérieure des beaux-arts de Quimper et à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Il est par ailleurs chargé de cours à l’université de Paris 1. Docteur en histoire de l’art (Lille 3, 2002), il mène depuis 1995 des activités de critique d’art qui l’ont conduit, après Artpress et Ddo, à intégrer le comité de rédaction d’Art 21 (France), à être chroniqueur pour ETC (Canada) et collaborateur régulier de L’art même (Belgique). Ses écrits critiques concernent essentiellement les problématiques picturales contemporaines et les enjeux esthétiques et idéologiques de l’art actuel. Sélection d’articles en rapport avec le sujet abordé : “Le tournant pastoral de l’art contemporain” (avec Amar Lakel, actes du colloque L’art contemporain et son exposition II de 2002 au centre Georges Pompidou, L’Harmattan, 2007), “Société Réaliste. Nouveaux entrants” (Art 21, n°15, décembre 2007), “In art we trust. L’économie participative dans l’art” (L’art même, n°43, 2009).
Ces articles sont archivés sur ce blog: http://tristantremeau.blogspot.com